Pour recevoir quelle reine Jacquette de Montbron fit-elle bâtir le pavillon Renaissance de Bourdeilles ?
À voir
Deux châteaux sur la Dronne
Approchez Bourdeilles par le vieux pont gothique qui franchit la Dronne, et levez les yeux : les deux châteaux se dressent ensemble sur leur rocher, commandant le passage de la rivière. À gauche, la forteresse médiévale et son donjon octogonal ; à droite, le pavillon Renaissance aux grandes fenêtres régulières. Ce face-à-face de deux époques, au-dessus de l'eau, compose l'une des plus belles images du Périgord vert.
Le donjon médiéval
Gravissez d'abord la forteresse : son donjon octogonal, aux murs épais de plus de deux mètres, domine tout le site. Du haut de ses trente-cinq mètres, la vue porte loin sur la vallée. C'est l'image même de la puissance féodale, celle des seigneurs de Bourdeilles qui tenaient là un point de passage stratégique, âprement disputé au temps de la guerre de Cent Ans.
Le pavillon Renaissance et le Salon doré
Passez ensuite au château Renaissance : ses façades symétriques, ses grandes baies, tout y respire l'influence italienne et le goût du confort. À l'intérieur, ne manquez pas le Salon doré, pièce maîtresse de la demeure, avec sa cheminée monumentale et son plafond peint, attribué au peintre Ambroise Le Noble. Les salles abritent une riche collection de mobilier, du XVᵉ au XIXᵉ siècle, qui donne au pavillon l'atmosphère d'une demeure habitée.
Une femme, une reine, un rêve inachevé
Parcourir Bourdeilles, c'est surtout entrer dans l'histoire de Jacquette de Montbron. Songez, de salle en salle, à cette femme qui bâtit ce château pour une reine attendue et jamais venue : le décor somptueux, resté incomplet, garde quelque chose de suspendu, comme une fête interrompue avant d'avoir commencé. Peu de monuments portent aussi bien la trace d'une volonté personnelle — et féminine — de la Renaissance.
Brantôme et l'esprit de la cour
Le nom de Bourdeilles est attaché à celui d'un écrivain : Pierre de Bourdeille, plus connu sous le nom de Brantôme. Cadet de la famille, homme de guerre et de cour, il fréquenta les Valois et laissa des Mémoires étincelants — dont les fameuses « Vies des dames galantes » — qui restent une source irremplaçable, et savoureuse, sur la société du XVIᵉ siècle. C'est le même milieu, lettré, mondain, tourné vers l'Italie, qui explique le pavillon Renaissance de sa belle-sœur Jacquette de Montbron : on rêvait, dans cette famille périgourdine, des fastes de la cour et des palais italiens. Le château témoigne ainsi de la diffusion de la Renaissance jusque dans les provinces les plus reculées, portée par des femmes et des hommes qui avaient vu Paris et l'Italie et voulaient en rapporter le goût. Le Salon doré, les grandes baies, la collection de meubles rassemblée au XXᵉ siècle prolongent cette atmosphère raffinée — celle d'une demeure pensée non pour la guerre, mais pour le plaisir et la conversation.
Infos pratiques
Ouvert de février à début janvier, avec des horaires qui s'élargissent en été (jusqu'à 10h-19h en continu à la mi-juillet et en août) ; fermé les 25 décembre et 1ᵉʳ janvier, et les lundis de novembre à mars. Plein tarif de l'ordre de 10 €, tarif réduit pour les enfants. À Bourdeilles (Dordogne), sur la Dronne, à une dizaine de kilomètres de Brantôme. Vérifiez les horaires sur le site officiel.
Histoire
Dans le Périgord vert, dominant la Dronne à une dizaine de kilomètres de Brantôme, le château de Bourdeilles est en réalité double : une forteresse médiévale et un château Renaissance, réunis sur le même rocher. La partie la plus ancienne remonte au XIIIᵉ siècle, avec son puissant donjon octogonal ; place stratégique, Bourdeilles fut disputé pendant la guerre de Cent Ans, occupé par les Anglais puis repris, en 1377, par Bertrand du Guesclin.
Le second château, le pavillon Renaissance, est né à la fin du XVIᵉ siècle d'une volonté singulière. Jacquette de Montbron, veuve d'André de Bourdeille et belle-sœur du célèbre mémorialiste Brantôme, avait passé des années à la cour des Valois. De retour dans son domaine, elle entreprit d'y bâtir une résidence moderne, d'inspiration italienne — notamment, dit-on, pour y recevoir la reine Catherine de Médicis. Mais la visite royale n'eut jamais lieu, et le pavillon resta partiellement inachevé.
Propriété du département de la Dordogne depuis 1962 et animé par un opérateur touristique, le château se visite aujourd'hui dans ses deux composantes. On y admire non seulement l'architecture, mais aussi une riche collection de mobilier, réunie au XXᵉ siècle, qui meuble les salles du pavillon Renaissance.
De la forteresse reprise par du Guesclin au pavillon de Jacquette de Montbron, Bourdeilles résume à lui seul le passage du Moyen Âge à la Renaissance en Périgord : deux châteaux, deux mondes, réunis sur un même rocher au-dessus de la Dronne.
Contes, légendes & anecdotes
Le château Renaissance de Bourdeilles fut bâti pour une reine qui ne vint jamais. Jacquette de Montbron, dame passée par la cour, conçut ce pavillon d'inspiration italienne dans l'espoir d'y recevoir Catherine de Médicis ; la reine, dit-on, contribua même au financement par un legs. Mais elle mourut en 1589 sans avoir fait le voyage, et l'édifice, privé de sa raison d'être, demeura inachevé — chef-d'œuvre suspendu, témoignage d'une ambition brisée.
Fait rare pour l'époque, c'est une femme qui conçut cette demeure. Les sources présentent Jacquette de Montbron comme une véritable « femme architecte », qui pensa elle-même sa résidence, tout entière tournée vers le confort et l'élégance italienne plutôt que vers la défense. Belle-sœur de Brantôme, le chroniqueur de la cour des Valois, elle appartenait à ce milieu lettré et raffiné qui, jusque dans le Périgord, rêvait de l'Italie.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00082391 (POP, ministère de la Culture)
- Château de Bourdeilles — site officiel (SEMITOUR Périgord)
- Cairn, « Jacquette de Montbron, femme architecte » (Le Moyen Âge, 2011)
- Wikipédia, « Château de Bourdeilles »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026






