De quel roi Antoine de Roquelaure, bâtisseur du château de Lavardens, était-il l'ami et le fidèle ?
À voir
Une silhouette perchée sur la Gascogne
Lavardens se voit de loin : le château couronne un éperon rocheux, au point le plus haut du village, et ses longues façades semblent prolonger la roche. Faites-en le tour pour saisir sa masse imposante, puis gagnez ses abords : de là-haut, la vue embrasse le damier des collines gasconnes, cette campagne de vignes et de champs qui court jusqu'aux Pyrénées par temps clair. La position, choisie au Moyen Âge pour surveiller le pays, offre aujourd'hui l'un des plus beaux panoramas du Gers.
Les tourelles sur trompes
Observez la façade ouest : deux tourelles d'angle y sont portées en encorbellement, posées sur des trompes — ces consoles de pierre taillées pour soutenir le vide. Ce détail, hérité du savoir-faire des maîtres maçons de la Renaissance, donne à la silhouette du château son élégance particulière, adoucissant la sévérité de ses grandes façades.
Des sols en tapis de brique
À l'intérieur, ne regardez pas seulement les murs : baissez les yeux. Les dix-sept salles conservent d'exceptionnels pavements de briques et de galets, disposés en motifs géométriques qui composent de véritables tapis de terre cuite. C'est la merveille de Lavardens, d'autant plus visible que le château, dépouillé de son mobilier à la Révolution, se parcourt aujourd'hui vide — ce qui laisse toute la place au regard pour admirer volumes, charpentes et pavements.
Un château d'expositions
Vidé de ses meubles, Lavardens a trouvé une seconde vocation : celle de centre d'art. Chaque année, de grandes expositions y sont accueillies — la première, en 2000, était consacrée à Camille Claudel. La visite associe ainsi la découverte du monument à celle d'un accrochage temporaire, dans un dialogue entre les vieilles pierres et la création.
Des comtes d'Armagnac à Mirabeau
Sous le château du XVIIᵉ siècle dort une histoire bien plus ancienne. Dès 1140, un castrum des comtes d'Armagnac occupait déjà l'éperon : ces puissants seigneurs de Gascogne, longtemps rivaux des rois de France, tenaient de là leur pays. Des salles voûtées du XIIIᵉ siècle subsistent dans les parties basses, socle médiéval sur lequel Roquelaure éleva sa demeure. Mais le grand projet ne fut jamais mené à son terme : en 1653, une épidémie de peste dispersa les ouvriers, et le château resta inachevé — ce qui explique ses proportions un peu abruptes, ses longues façades qui semblent attendre une suite qui ne vint pas. Au XVIIIᵉ siècle, le domaine passa à Victor de Riqueti, marquis de Mirabeau, économiste et père du célèbre révolutionnaire. Puis vinrent des siècles d'abandon, jusqu'à ce que l'État, en 1970, lance une vaste restauration — plus de mille cinq cents mètres carrés de toitures refaites — pour sauver le monument de la ruine. Rouvert au tournant du XXIᵉ siècle comme centre d'art, Lavardens a ainsi connu deux vies : celle d'une ambition seigneuriale interrompue, et celle, contemporaine, d'un lieu de culture rendu à la Gascogne.
Infos pratiques
Le château ouvre surtout au rythme de ses expositions (en général de 10h à 19h en saison ; visites guidées certains jours). Plein tarif 12 €, tarif réduit 6 €, gratuit pour les moins de 18 ans. Les dates dépendant de la programmation, il est prudent de vérifier sur le site officiel (chateaulavardens.fr). À Lavardens (Gers), à une quinzaine de kilomètres au nord d'Auch.
Histoire
Perché sur un éperon rocheux qui domine la campagne gasconne, le château de Lavardens est l'un des plus imposants du Gers. Le site est ancien : dès le XIIᵉ siècle, une place forte des comtes d'Armagnac s'y dressait, dont subsistent encore des salles voûtées dans les parties basses. Mais l'édifice actuel est né d'une ambition bien plus tardive.
À la fin du XVIᵉ siècle, la seigneurie échoit à Antoine de Roquelaure, maréchal de France et ami fidèle du roi Henri IV, qui la reçoit en récompense de son dévouement. Fort de cette faveur, Roquelaure entreprend, à partir de 1620, de reconstruire un château grandiose sur les fondations médiévales, en faisant appel aux architectes Pierre Souffron et Pierre Levesville. L'édifice appartient donc au premier XVIIᵉ siècle, sous Louis XIII, même si l'esprit de son commanditaire reste tout imprégné de la Renaissance d'Henri IV.
Le chantier ne fut jamais achevé : une épidémie de peste, en 1653, dispersa les ouvriers. Après des siècles d'abandon, le château fut sauvé par une grande restauration lancée par l'État en 1970. Rendu à la vie, il accueille aujourd'hui des expositions d'art de premier plan.
Château gascon inachevé, longtemps abandonné puis rendu à la vie, Lavardens séduit par ce mélange de puissance et de fragilité. Sa masse perchée domine l'un des plus beaux paysages du Gers, ses salles vides laissent le regard courir sur les charpentes et les sols de brique, et ses expositions y attirent chaque année un large public. Peu de monuments donnent à ce point le sentiment d'un lieu ressuscité — d'une vieille ambition seigneuriale que le XXᵉ siècle a su, in extremis, arracher à l'oubli.
Contes, légendes & anecdotes
Le château de Lavardens porte la marque d'une amitié royale. Antoine de Roquelaure, son bâtisseur, fut l'un des plus proches compagnons d'Henri IV : maréchal de France, il avait suivi le futur roi dans ses campagnes et reçut Lavardens en gage de reconnaissance. Reconstruire un château aussi vaste, c'était afficher, en pleine Gascogne, la fortune et la faveur d'un fidèle du Béarnais.
La curiosité la plus célèbre du château se trouve sous les pieds du visiteur : les sols. Dans plusieurs des dix-sept salles, les pavements sont composés de briques et de galets assemblés en motifs géométriques d'une grande finesse — étoiles, losanges, entrelacs. Ce décor de sol, rare et raffiné, est devenu la signature de Lavardens, au point qu'on vient parfois le visiter pour ses planchers de terre cuite autant que pour ses murs.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00094836 (POP, ministère de la Culture)
- Château de Lavardens — site officiel
- Wikipédia, « Château de Lavardens »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026





