Quelle haute fonction occupait François d'O, illustre propriétaire du château, sous Henri III ?
À voir
Un château les pieds dans l'eau
Approchez le château d'O par son étang et laissez le tableau se composer : la demeure, cernée d'eau sur trois côtés, se mire dans le miroir de la Thouanne. Bâti en partie sur pilotis, il paraît flotter sur son reflet. C'est l'image même du château « en eau », et l'un des plus séduisants de Normandie. Faites-en le tour pour saisir, sous chaque angle, ce dialogue de la pierre et de l'onde.
L'aile Renaissance
Arrêtez-vous devant l'aile ouest, la plus ornée : un pavillon de brique et de pierre, flanqué de deux tourelles coiffées en poivrière, percé de fenêtres et couronné de lucarnes richement sculptées. On y lit le passage du gothique flamboyant à la première Renaissance, ce moment où l'ornement se fait plus délicat, plus savant. C'est le morceau de bravoure du château, celui que l'on photographie depuis l'autre rive de l'étang.
Les salons peints
À l'intérieur, la visite conduit à travers des salons ornés de décors peints du XVIIIᵉ siècle : le salon dit « des marbres », le salon « des muses », une grande galerie, l'ancienne salle des gardes. Ces intérieurs raffinés, ajoutés au fil des siècles, contrastent avec la rudesse de l'aile la plus ancienne et racontent l'évolution du goût, du faste de François d'O aux élégances du siècle des Lumières.
Un domaine normand
Le château ne se sépare pas de son domaine : un haras, des communs, un colombier, une chapelle et un parc composent l'ensemble, dans un paysage typiquement normand de prés, d'eau et de bocage. La restauration engagée dans les années 1970 a sauvé le monument de l'oubli et lui a rendu sa vocation d'accueil, entre visites et vie du domaine.
La famille d'O
Le château porte le nom bref et énigmatique de ses bâtisseurs : la famille d'O, l'une des plus anciennes de Normandie. La tradition fait remonter son ancienneté aux croisades, et la lignée compta, au fil des siècles, de grands sénéchaux de Normandie et des capitaines de la garde royale. Mais c'est François d'O qui lui donna son éclat — et sa légende. Favori d'Henri III, puis rallié à Henri IV qui le fit gouverneur de Paris, il incarna jusqu'à la caricature le grand seigneur de cour, brillant, cultivé et dépensier. Chargé des finances du royaume, il vécut au-dessus de ses moyens et laissa, dit-on, plus de dettes que de biens. Après l'extinction de la famille, le château connut d'autres maîtres et faillit sombrer dans l'oubli, avant d'être sauvé au XXᵉ siècle. Niché dans la campagne de l'Orne, entre prés et bocage, doublé d'un haras, il reste l'un de ces monuments discrets que l'on découvre presque par surprise — et dont le reflet dans l'eau, une fois vu, ne s'oublie plus.
Infos pratiques
Le château se visite en visite guidée, par petits groupes, selon des périodes saisonnières (souvent l'été et à l'automne) ; l'entrée est parfois gratuite. Les horaires et les modalités variant beaucoup selon la saison et la gestion, il est indispensable de se renseigner auprès de l'Office de tourisme de l'Orne avant de se déplacer. Route d'Almenèches, à Mortrée (Orne).
Histoire
En pleine campagne de l'Orne, à Mortrée, le château d'O — parfois écrit « d'Ô » — offre l'image parfaite d'un château « en eau » : bâti en partie sur pilotis, il est entouré sur trois côtés d'un étang alimenté par la petite rivière Thouanne, où sa façade se reflète. Il doit son nom à la famille d'O, l'une des plus anciennes de Normandie, qui l'éleva et l'embellit au fil des siècles.
L'aile la plus spectaculaire, à l'ouest, date de la fin du XVᵉ et du début du XVIᵉ siècle : c'est un pavillon de brique et de pierre, flanqué de tourelles en poivrière et couronné de lucarnes ouvragées, où le gothique flamboyant se marie à la première Renaissance. Au XVIᵉ siècle, la figure la plus célèbre de la famille, François d'O, favori du roi Henri III et surintendant des finances, y mène de grands travaux — au prix d'un endettement qui fera sa ruine.
Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, on ajoute des ailes classiques et l'on redécore les salons de peintures. Après avoir changé plusieurs fois de mains, le château fut restauré à partir de 1973. Il se visite aujourd'hui, joyau discret niché dans son écrin d'eau et de verdure.
Loin des grands itinéraires touristiques, le château d'O compte parmi ces demeures normandes que l'on découvre presque par hasard, et dont le charme tient autant à l'architecture qu'au silence des lieux et au miroir de l'étang qui en redouble la façade.
Contes, légendes & anecdotes
Le château d'O est lié au souvenir d'un grand seigneur dépensier : François d'O. Favori — l'un des « mignons » — du roi Henri III, il fut nommé surintendant des finances du royaume en 1578. Chargé de gérer l'argent de l'État, il puisa sans compter pour mener grand train et embellir son château ; mais sa prodigalité eut raison de sa fortune, et il mourut en 1594 criblé de dettes, malgré les plus hautes charges. Le château garde quelque chose de cette élégance ruineuse, celle d'un homme qui voulut vivre en prince.
La singularité d'O tient aussi à son assise : le château est bâti en partie sur pilotis, les pieds dans l'eau, au milieu d'un étang. Cette prouesse, rare en Normandie, lui donne son charme si particulier — une demeure qui semble posée sur son reflet, où l'architecture et l'eau ne font qu'un.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00110871 (POP, ministère de la Culture)
- Orne Tourisme — Château d'Ô
- Wikipédia, « Château d'Ô (Orne) »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026







