Quelle particularité souterraine rend le château de Brézé unique ?
À voir
Deux châteaux, l'un sur l'autre
Le charme de Brézé tient à un paradoxe : c'est un château double. En surface, un logis Renaissance, élevé au XVIᵉ siècle par les Maillé, voisine avec des façades néo-gothiques ajoutées au XIXᵉ siècle par l'architecte René Hodé — galeries à arcades, fenêtres à meneaux, tour à créneaux et fausses gargouilles. Amusez-vous à distinguer l'ancien du pastiche : la chambre dite « de Richelieu », avec sa cheminée de marbre polychrome, est la seule pièce à avoir gardé sa disposition du XVIᵉ siècle.
Descendre dans les douves
Puis vient le clou de la visite. Approchez-vous du bord des douves sèches et mesurez du regard leur profondeur vertigineuse — près de dix-huit mètres, taillés à la verticale dans le tuffeau. On peut y descendre et longer le pied des murailles, dans un décor qui tient de la forteresse et du canyon. C'est là que l'on comprend la puissance défensive du site : nul besoin d'eau, la roche suffisait.
La ville sous la terre
Enfoncez-vous ensuite dans le réseau souterrain, plusieurs kilomètres de galeries creusées dans la pierre tendre. On y visite les cuisines, le four à pain, les pressoirs, la glacière, la magnanerie, et l'on suit le chemin de ronde souterrain qui court autour des douves. Une échauguette porte la date de 1626. Tout un monde a vécu là, à l'abri, à la fois cave, atelier, entrepôt et refuge : c'est cette « ville sous le château » qui fait de Brézé une visite comme nulle autre.
Un château et son vin
Revenu à l'air libre, n'oubliez pas que Brézé est aussi un domaine viticole, en appellation Saumur : les vignes qui l'entourent prolongent, en surface, l'histoire souterraine du tuffeau — cette même roche qui, ailleurs, abrite les caves où mûrit le vin. Le nom de la commune nouvelle, Bellevigne-les-Châteaux, dit assez ce mariage du vin et de la pierre.
Des Maillé au Grand Condé
Derrière ses prodiges souterrains, Brézé a aussi une histoire de familles. Les Maillé-Brézé, qui bâtirent le logis Renaissance, furent de grands serviteurs de la Couronne : l'un d'eux, Urbain, fit ériger la terre en marquisat en 1615 ; un autre, Jean-Armand, devint grand-amiral de France avant de mourir au combat à vingt-sept ans, sans postérité. C'est par un mariage que le domaine passa, en 1650, à l'un des plus grands capitaines du siècle : Louis II de Bourbon-Condé, le « Grand Condé », vainqueur de Rocroi. Vinrent ensuite les Dreux-Brézé, ducs, à qui l'on doit le remaniement néogothique du XIXᵉ siècle, puis, depuis 1959, la famille de Colbert, toujours propriétaire. À cette lignée de soldats et de courtisans répond, aujourd'hui encore, le travail de la vigne : Brézé produit son vin en appellation Saumur, sur ces coteaux de tuffeau dont on a tiré, au fil des siècles, la pierre des châteaux comme les caves du vin.
Infos pratiques
Ouvert de février à début janvier, avec des horaires qui s'élargissent en été (jusqu'à 10h-19h en continu en juillet-août ; billetterie fermée à 17h). Comptez environ 1h30 de visite. Tarifs selon les formules : de l'ordre de 13,70 € en visite libre, davantage pour les visites guidées du château et des souterrains ; tarifs réduits pour les enfants. 2 rue du Château, à Brézé (Bellevigne-les-Châteaux, Maine-et-Loire), à une dizaine de kilomètres au sud de Saumur.
Histoire
Aux portes du Saumurois, le château de Brézé cache, sous ses dehors paisibles, l'un des plus étonnants secrets du Val de Loire : une ville souterraine. En surface, c'est un château dont l'histoire remonte au XIᵉ siècle, tenu par les seigneurs de Brézé. Au début du XVIᵉ siècle, Arthur de Maillé le fait reconstruire dans le goût de la Renaissance ; en 1615, la terre est érigée en marquisat par Louis XIII pour Urbain de Maillé-Brézé.
Le domaine passe ensuite entre des mains illustres : en 1650, par mariage, il échoit au Grand Condé, le vainqueur de Rocroi ; puis aux Dreux-Brézé, qui portent le titre de ducs de Brézé. Ce sont eux qui, au XIXᵉ siècle, confient à l'architecte René Hodé le grand remaniement néo-gothique qui donne au château une partie de son visage actuel. Depuis 1959, la demeure appartient à la famille de Colbert, toujours propriétaire, et exploite un vignoble en appellation Saumur.
Mais l'essentiel de Brézé n'est pas au-dessus du sol : il est dessous. Sous le château et sa cour s'étend un immense réseau troglodytique creusé dans le tuffeau, un véritable château sous le château, ceint des plus profondes douves sèches d'Europe. C'est cette double nature — demeure de surface et forteresse souterraine — qui fait de Brézé un lieu unique.
Contes, légendes & anecdotes
La grande curiosité de Brézé, c'est le château sous le château. Sous la demeure de surface, on a creusé dans le tuffeau, au fil des siècles, un dédale de galeries et de salles qui forme l'un des plus vastes ensembles troglodytiques d'Europe. On y trouve tout ce qu'il faut pour vivre et soutenir un siège : boulangerie et four à pain, cuisines, pressoirs, cellier, glacière, et même une magnanerie où l'on élevait les vers à soie. Des couloirs étroits et coudés, un chemin de ronde souterrain autour des douves, permettaient de se défendre à l'abri des regards.
L'autre record de Brézé tient à ses douves : profondes d'environ dix-huit mètres, elles passent pour les plus profondes douves sèches d'Europe. On peut y descendre et longer, tout en bas, les murailles taillées dans la roche. La pierre extraite de ces fossés a d'ailleurs servi, autrefois, à bâtir le château qui les domine — de sorte qu'à Brézé, le vide et le plein sont nés du même geste.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00108988 (POP, ministère de la Culture)
- Château de Brézé — site officiel (horaires, tarifs)
- Wikipédia, « Château de Brézé »
- Anjou Tourisme
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026










