D'où vient le nom pittoresque de l'« hôtel du Vieux-Raisin » ?
À voir
Une cour peuplée de figures
Franchissez la porte cochère de la rue du Languedoc et entrez dans la cour : c'est un livre d'images sculptées qui s'ouvre. Prenez le temps de lever les yeux vers les étages. Au rez-de-chaussée, cherchez les étonnantes figures hybrides aux pattes de lion, d'une variété inépuisable ; plus haut, repérez les atlantes, ces hommes de pierre qui semblent crispés par l'effort de soutenir la corniche. Entre eux courent des médaillons à bustes, des couronnes de feuillages et ces « cuirs découpés » — motifs enroulés comme du parchemin — dont la Renaissance raffolait.
La tourelle et les fenêtres
Au fond de la cour, la tourelle d'escalier abrite la vis par laquelle on gagnait les étages ; ses fenêtres s'ornent de bustes en médaillon. Tout autour, les baies sont encadrées de pilastres et de colonnes en candélabre, certaines soutenues par des cariatides : chaque fenêtre est traitée comme un petit monument, preuve du soin extrême apporté à cette demeure de magistrat.
Deux Renaissances superposées
L'intérêt du Vieux-Raisin tient à ce qu'on y lit, côte à côte, deux moments de la Renaissance : la première, encore délicate et foisonnante, des années 1515-1530 ; la seconde, plus savante et plus antiquisante, du milieu du siècle. Le décor de la cour est ainsi une véritable leçon d'histoire de l'art à ciel ouvert, pour qui prend le temps de comparer les deux campagnes.
L'écho de l'Italie
Les érudits ont depuis longtemps souligné ce que ce décor doit à l'Italie. Les « cuirs découpés » — ces motifs enroulés comme un cuir que l'on aurait taillé et retourné —, les figures tourmentées, le goût de l'ornement foisonnant renvoient à l'art de la Renaissance italienne ; certains ont même évoqué, pour la puissance des formes, les noms de Cellini ou de Michel-Ange. Non que ces maîtres aient jamais touché la pierre toulousaine : mais leurs gravures et leurs modèles circulaient, et les sculpteurs du Midi savaient s'en emparer avec une verve toute méridionale.
Un capitoul bâtisseur
L'homme qui donna à l'hôtel son visage Renaissance, Béringuier Maynier, n'était pas un marchand mais un juriste : professeur de droit, seigneur de Canac et de Gallice, capitoul en 1515-1516. À Toulouse, ces magistrats qui gouvernaient la ville tenaient à marquer leur rang dans la pierre et rivalisaient dans l'ornement de leurs demeures. La tourelle d'escalier et son décor sculpté sont l'expression de cette ambition : dire, à la façade et dans la cour, que l'on comptait parmi les grands de la cité.
Un intérieur secret
Derrière les façades de la cour se cachent des pièces que le public ne voit pas : une cheminée Renaissance monumentale en pierre, un plafond peint, des boiseries et des stucs des siècles suivants. Ce luxe intérieur, réservé aux occupants, rappelle que ces hôtels n'étaient pas des monuments mais des maisons — des demeures où l'on vivait, recevait et affichait sa réussite au regard de la ville.
Infos pratiques
L'hôtel est une propriété privée habitée ; la cour intérieure est parfois visible depuis l'entrée, mais son accès n'est pas garanti, et l'intérieur ne se visite pas. Le monument figure certaines années au programme des Journées européennes du patrimoine — à vérifier chaque saison. Au 36 rue du Languedoc, en plein centre de Toulouse ; métro B, station Carmes.
Histoire
L'hôtel du Vieux-Raisin — que la base des Monuments historiques nomme aussi « hôtel de Lasbordes » — compte parmi les plus beaux hôtels particuliers de Toulouse. Son histoire s'étire du milieu du XVᵉ au milieu du XVIᵉ siècle, en trois campagnes de construction dont deux, sur les façades de la cour, portent la marque éclatante de la Renaissance.
Le noyau le plus ancien remonte à la seconde moitié du XVᵉ siècle, sans doute pour Pierre Dahus. Mais l'hôtel doit son visage Renaissance à Béringuier Maynier, professeur de droit et capitoul en 1515-1516, qui élève vers 1515-1530 les ailes et une tourelle d'escalier ornée d'un riche décor sculpté. Une seconde campagne, au milieu du siècle, est menée pour Jean Burnet, greffier au Parlement de Toulouse, propriétaire de 1547 à 1577.
À Jean Burnet succède, de 1580 à 1591, Pierre de Lancrau, évêque de Lombez, puis d'autres propriétaires qui, au fil des siècles, ajoutent leur touche : on doit ainsi au XVIIIᵉ siècle des boiseries et des stucs signés de l'atelier Virebent. Cette stratification, loin de nuire à l'hôtel, en fait un condensé de l'histoire de l'architecture toulousaine, du gothique finissant aux raffinements du siècle des Lumières.
Toulouse vit alors son âge d'or : la ville s'enrichit du commerce du pastel et se couvre de demeures somptueuses où les capitouls et les magistrats rivalisent de magnificence. L'hôtel du Vieux-Raisin, avec son décor foisonnant inspiré de l'Italie, en est l'un des témoins les plus raffinés. Il demeure aujourd'hui une propriété privée, habitée, au cœur du centre historique.
Classé parmi les Monuments historiques dès 1889, l'hôtel a traversé les siècles sans rien perdre de son décor sculpté ; il reste, pour les Toulousains comme pour les visiteurs attentifs, l'un des plus émouvants témoins de la Renaissance méridionale.
Contes, légendes & anecdotes
Le nom de l'hôtel n'a rien d'aristocratique : il vient d'une enseigne. Une taverne de la rue portait jadis, pour attirer le chaland, une grappe de raisin peinte ou sculptée ; le voisinage a fini par baptiser tout le quartier, puis l'hôtel lui-même, du « Vieux-Raisin ». Les grandes demeures se paraient de blasons et de devises latines : celle-ci a hérité, par un tour du hasard populaire, du souvenir d'un cabaret.
Le décor de la cour vaut, lui, tous les blasons. Les sculpteurs y ont déployé une fantaisie inépuisable : figures hybrides, cuirs découpés, couronnes de feuillages. Les érudits y ont même reconnu l'écho des grands maîtres italiens, évoquant Cellini ou Michel-Ange — non que ceux-ci y aient travaillé, mais parce que Toulouse, au XVIᵉ siècle, rêvait d'Italie et savait admirablement s'en inspirer.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00094554 (POP, ministère de la Culture)
- Toulouse Métropole — fiche « Hôtel du Vieux-Raisin »
- Office de tourisme de Toulouse
- Wikipédia, « Hôtel du Vieux-Raisin »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026











