Que cachent les emblèmes sculptés (agneau, hostie…) de la tour de l'hôtel de Bonnefoy ?
À voir
Une tour à déchiffrer
Depuis la rue Croix-Baragnon, cherchez la tour de brique qui s'élève au fond de la cour : c'est le cœur de l'hôtel de Bonnefoy. Elle abrite un escalier à vis de soixante-sept marches, couronné à son sommet d'une voûte. Mais c'est son décor qu'il faut apprendre à lire. Approchez le regard des fenêtres : leurs arcs en accolade — cette double courbe en forme d'accent — appartiennent encore au gothique, tandis que les tympans sculptés qui les surmontent racontent déjà autre chose.
Le rébus de la « bonne foi »
Détaillez ces tympans : on y reconnaît un agneau, une hostie, la figure de Dieu le Père. Ce ne sont pas de simples ornements pieux : ils composent un jeu de mots sur le nom du maître des lieux, Bonnefoy — la « bonne foi ». Cherchez aussi, sous la corniche, les petits modillons ornés de bustes de femme, d'une finesse toute Renaissance. Enfin, au second étage de la façade, repérez les baies géminées, jumelles, qui gardent le souvenir du gothique : l'édifice tout entier se tient sur la ligne de partage entre deux âges.
Un décor à la charnière
Regardez comment, sur une même fenêtre, se rencontrent deux mondes : l'arc en accolade, hérité du Moyen Âge finissant, et, au-dessus, un tympan sculpté d'emblèmes traités avec une liberté toute nouvelle. Les bustes, les putti — ces petits génies ailés —, les feuillages et les accolades fleuries qui ornent la tour appartiennent déjà au répertoire de la Renaissance. C'est ce passage, saisi en pleine hésitation, qui fait la valeur du monument : il fixe dans la pierre l'instant où Toulouse changea de goût.
Les tours des capitouls
À Toulouse, la tour n'était pas un caprice mais un privilège : seuls les capitouls avaient le droit d'en élever une à leur demeure. Ces tours d'escalier, dressées au fond des cours, formaient au XVIᵉ siècle une petite forêt de fierté urbaine — celles de Bernuy, d'Assézat ou de Mansencal rivalisaient de hauteur. Celle de Bérenguier Bonnefoy est l'une des plus anciennes, et l'une des premières à substituer, dans son décor, le vocabulaire de la Renaissance à celui du gothique.
Un jalon de la première Renaissance toulousaine
L'hôtel de Bonnefoy n'a ni la taille ni le faste de Bernuy ou d'Assézat, mais il les précède : sa tour, élevée vers 1513, est l'une des premières de Toulouse à mêler ainsi le vocabulaire gothique et les formes nouvelles. Elle témoigne du moment où la ville commença de rêver l'Italie — et c'est à ce titre qu'elle fut inscrite au titre des Monuments historiques en 1950.
Que voir depuis la rue
Puisque l'hôtel ne se visite pas, le mieux est de flâner rue Croix-Baragnon, l'une des plus anciennes artères de Toulouse, et de lever les yeux : la haute silhouette de brique de la tour se laisse deviner par-dessus les toits et à travers l'entrée de la cour. Tout autour, le quartier Saint-Étienne aligne d'autres hôtels et façades anciennes qui prolongent la promenade.
Infos pratiques
L'hôtel de Bonnefoy est une propriété privée : il ne se visite pas. La tour et son décor se devinent depuis la rue Croix-Baragnon, dans le quartier Saint-Étienne, au cœur du vieux Toulouse. Station de métro la plus proche : François-Verdier (ligne B).
Histoire
Au 19 de la rue Croix-Baragnon, dans le vieux Toulouse, se cache l'une des plus anciennes tours Renaissance de la ville. L'hôtel de Bonnefoy fut construit vers 1513 pour Bérenguier Bonnefoy, capitoul de Toulouse en 1513-1514, à l'aube de cette première Renaissance méridionale qui allait, portée par la richesse du pastel, transformer le visage de la cité.
À Toulouse, les capitouls — les magistrats qui gouvernaient la ville — jouissaient du privilège d'élever une tour à leur demeure : la tour d'escalier devint ainsi la marque de leur rang. Celle de Bérenguier Bonnefoy, en brique, abrite un escalier à vis et se pare d'un décor où l'art gothique finissant se mêle aux nouveautés venues d'Italie. La façade conserve encore, au second étage, des baies géminées d'esprit gothique, tandis que la tour se couvre d'ornements déjà tout Renaissance.
Bâtir en 1513, c'était être un précurseur : à cette date, Toulouse vit encore à l'heure du gothique flamboyant, et la première Renaissance n'y fait qu'apparaître. L'hôtel de Bonnefoy appartient à cette génération pionnière d'édifices où les deux styles se côtoient sans heurt, dans une même campagne de construction. La ville n'a pas encore connu la grande vague du pastel qui, quelques années plus tard, couvrira le centre de demeures fastueuses : la tour Bonnefoy en est comme le prélude discret.
Longtemps propriété privée, l'hôtel n'est pas ouvert à la visite ; c'est la tour, joyau de la première Renaissance toulousaine, qui a valu à l'édifice sa protection au titre des Monuments historiques en 1950. Elle se devine encore depuis la rue, pour qui sait lever les yeux.
Discret, presque secret, l'hôtel de Bonnefoy échappe à la plupart des passants ; c'est pourtant l'un des plus anciens jalons de la Renaissance à Toulouse, et sa tour de brique mérite qu'on s'arrête, un instant, pour en déchiffrer le langage de pierre.
Contes, légendes & anecdotes
Le décor de la tour Bonnefoy cache un jeu de mots de pierre. Les tympans qui couronnent ses fenêtres portent des emblèmes religieux — un agneau, une hostie, la figure de Dieu le Père — qui composent, par calembour, une allusion au nom du propriétaire : la « bonne foi ». C'est ce que les héraldistes appellent des armes parlantes : le décor se lit comme une devise, et le passant averti sourit en déchiffrant le rébus.
Les modillons de la tour réservent une autre surprise : ils s'ornent de fins bustes de femme, que les érudits ont comparés à ceux de la première Renaissance française. Dans cette Toulouse encore gothique du début du XVIᵉ siècle, la tour de Bérenguier Bonnefoy annonçait déjà, discrètement, le grand renouvellement des formes qui allait suivre.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00094535 (POP, ministère de la Culture)
- Wikipédia, « Hôtel de Bonnefoy »
- Wikimedia Commons — Category:Hôtel de Bonnefoy
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026










