À quoi servaient réellement les tourelles en encorbellement du manoir de Coupesarte, au-dessus des douves ?
À voir
Un manoir sur ses douves
Approchez Coupesarte à travers la campagne et découvrez sa silhouette : un logis de pans de bois, sur solin de pierre, posé sur une plateforme entièrement entourée de douves en eau, où il se reflète. Le remplissage de tuileaux donne à la façade une teinte rosée, chaude sous le soleil normand. C'est l'image même du manoir augeron, à la fois demeure et refuge, protégé par son eau plus que par ses murs.
Les tourelles en encorbellement
Détaillez les angles du logis : de petites tourelles rondes y sont portées en surplomb, sur des consoles de bois, au-dessus des douves. Leur silhouette est l'une des plus caractéristiques de Coupesarte, presque unique en son genre. On y voit d'abord un décor défensif ; on apprend, en s'approchant, qu'elles avaient une fonction bien plus terre à terre — de commodités surplombant les fossés.
Une ferme vivante
Faites le tour de l'ensemble : le manoir n'est pas isolé, mais entouré des bâtiments d'une ferme — granges, écuries, corps de logis en équerre. Cette imbrication du seigneurial et de l'agricole, longtemps la règle, est devenue exceptionnelle : Coupesarte en offre l'un des plus beaux exemples conservés, protégé dans son intégralité depuis 1947.
Le Pays d'Auge des manoirs
Coupesarte n'est qu'un joyau parmi d'autres dans un pays qui en regorge. Le Pays d'Auge, entre Lisieux et la vallée de la Touques, est le pays des manoirs à colombages, des vergers à cidre, des haras et des fromages — camembert, livarot, pont-l'évêque. Sur ses collines se cachent des dizaines de ces demeures de bois, dont beaucoup ne se laissent apercevoir qu'au détour d'un chemin. Coupesarte, avec ses douves et ses tourelles, est de celles que l'on n'oublie pas — un décor de conte niché au creux du bocage.
Un patrimoine fragile
Coupesarte est aussi un patrimoine menacé. Bâti de bois et de torchis, sans cesse exposé à l'humidité de ses douves, un tel manoir demande un entretien constant : les charpentes travaillent, les hourdis s'effritent, les couvertures vieillissent. En 2025, le manoir a été retenu par la Mission Patrimoine confiée à Stéphane Bern — le seul site du Calvados de cette édition —, avec une aide destinée à financer sa restauration. C'est dire la valeur qu'on lui reconnaît, et la difficulté de préserver ces demeures de charpente, si nombreuses jadis et aujourd'hui si vulnérables. En le découvrant, on garde à l'esprit cette fragilité : chaque manoir augeron sauvé est une petite victoire arrachée au temps et à l'oubli.
Infos pratiques
Le manoir est une propriété privée, au sein d'une ferme : l'intérieur ne se visite pas, mais les extérieurs et la cour se découvrent librement, gratuitement, une grande partie de l'année (dans le respect des zones réservées). Les conditions d'accès n'étant pas garanties, il est prudent de se renseigner auprès de l'office de tourisme de Lisieux-Normandie. À Coupesarte (commune de Mézidon Vallée d'Auge, Calvados).
Histoire
Au cœur du Pays d'Auge, à Coupesarte, se cache l'un des plus purs manoirs à pans de bois de Normandie. Bâti à la fin du XVᵉ et au XVIᵉ siècle sur les bases d'une place plus ancienne, il appartient à cette lignée de manoirs augerons de charpente et de torchis qui font le charme des campagnes du Calvados. Les familles seigneuriales s'y sont succédé — les d'Anisy, les Le Prévost, puis les Le Viconte — sans jamais rompre le lien du manoir avec la terre qui l'entoure.
Car Coupesarte a cette particularité, devenue rare, d'être resté au sein d'une exploitation agricole en activité. Le logis seigneurial y voisine avec les granges et les écuries d'une ferme, comme au temps où le maître vivait au milieu de ses champs et de ses vergers à cidre.
Classé Monument historique depuis 1947, le manoir a bénéficié, en 2025, du soutien de la Mission Patrimoine et du Loto du Patrimoine — signe de sa fragilité, mais aussi de sa valeur. Il demeure aujourd'hui une propriété privée, dont on découvre les extérieurs au fil d'une halte dans la campagne augeronne.
Contes, légendes & anecdotes
La curiosité de Coupesarte est perchée au-dessus de l'eau : ses tourelles. Aux angles du logis, de petites échauguettes rondes, coiffées en poivrière, sont portées en encorbellement sur des corbeaux de bois, au-dessus des douves. On les prendrait pour des ouvrages de défense — mais leur usage était bien plus prosaïque : elles servaient de latrines, qui se déversaient discrètement dans l'eau des fossés. Voilà pourquoi, dit-on, ces tourelles semblent « pleurer » au-dessus des douves.
L'autre charme du lieu tient à sa continuité rurale. Là où tant de manoirs sont devenus musées ou résidences, Coupesarte est resté une ferme : ses douves, son logis de bois, ses granges forment un ensemble d'une rare cohérence, préservé des siècles durant par la vie agricole qui s'y est perpétuée. C'est un morceau de Pays d'Auge intact, comme figé au temps des seigneurs paysans.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00111246 (POP, ministère de la Culture)
- Office de tourisme de Lisieux-Normandie
- Wikipédia, « Manoir de Coupesarte »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026








