Quel navigateur le cardinal Le Veneur, seigneur de Carrouges, présenta-t-il à François Iᵉʳ ?
À voir
Un château de brique sur ses douves
Approchez Carrouges au fond de son vallon et découvrez son image singulière : un château tout de brique rouge et noire, cerné de douves en eau où il se reflète. La couleur chaude de la brique, les tours, l'eau immobile composent un tableau que l'on ne s'attend guère à trouver au cœur de la Normandie bocagère. Prenez le temps d'en faire le tour : le château se donne à voir sous tous les angles, chaque aile portant la trace d'un siècle différent.
Le châtelet, joyau de la Renaissance
Ne manquez sous aucun prétexte le châtelet, ce petit pavillon de brique isolé à l'entrée du domaine — la carte postale de Carrouges. Corps cubique flanqué de tourelles rondes, percé d'un passage vers le parc, il déploie un décor de briques roses et noires disposées en losanges, en cœurs et en chevrons ; certains motifs dessinent la mitre et la crosse du cardinal Le Veneur. Bâti dans le premier tiers du XVIᵉ siècle, à la charnière du gothique flamboyant et de la Renaissance, il passe pour la première œuvre Renaissance de Normandie.
Du donjon aux grands appartements
Passé le châtelet et les douves, le corps de logis mêle les époques. Le vieux donjon médiéval en forme le noyau ; autour, les grands appartements des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles offrent des salles meublées, des plafonds peints, des boiseries, et de spectaculaires escaliers de brique. La visite conduit ainsi du Moyen Âge défensif au confort raffiné des demeures d'apparat, dans un même parcours.
Un château habité cinq siècles
Ce qui donne à Carrouges son atmosphère, c'est la présence, presque tangible, de la famille Le Veneur, qui l'habita près de cinq cents ans. Cardinaux, évêques, sénéchaux, généraux : de génération en génération, les Le Veneur ont marqué le château de leurs travaux et de leurs goûts, avant de le transmettre à l'État. On parcourt donc moins un musée qu'une maison, longuement habitée, dont chaque salle garde la mémoire d'une lignée.
Au cœur du pays d'Andaine
Carrouges ne se sépare pas de son pays. Le château se niche aux confins du Bocage normand, aux portes de la forêt d'Andaines et du Parc naturel régional Normandie-Maine, dans une région de collines, de bois et de prairies humides qui a gardé toute sa fraîcheur. C'est un paysage d'eaux vives — d'où les douves toujours pleines — et de brique, matériau roi de cette Normandie intérieure. Le village de Carrouges, tout proche, conserve son bourg ancien et son ancienne halle. En parcourant les environs, on comprend mieux le château : non pas une forteresse dominant fièrement une vallée, mais une demeure blottie au creux d'un vallon humide, protégée par son eau plus que par sa hauteur — un château normand jusqu'au bout de ses briques.
Infos pratiques
Ouvert toute l'année, fermé les 1ᵉʳ janvier, 1ᵉʳ mai, 1ᵉʳ et 11 novembre et 25 décembre (château 10h-12h30 et 14h-17h, jusqu'à 18h en été ; parc plus largement ouvert). Plein tarif 7 €, gratuit pour les moins de 18 ans et les 18-25 ans ressortissants de l'Union européenne. À Carrouges (Orne), au sud d'Argentan ; vérifiez horaires et tarifs sur le site du Centre des monuments nationaux.
Histoire
Au creux d'un vallon de l'Orne, dans la campagne normande, le château de Carrouges dresse ses murs de brique au milieu de larges douves en eau. Son histoire commence au XIVᵉ siècle : de la forteresse élevée vers 1367 contre les Anglais, il subsiste le donjon, noyau autour duquel le château n'a cessé de croître. Au XVᵉ siècle, la famille Blosset y ajoute des logis plus confortables — le roi Louis XI y fait étape en 1473.
Vers 1450, par un mariage, le domaine entre dans la famille Le Veneur, qui le gardera près de cinq cents ans. L'un d'eux, Jean Le Veneur, joua un rôle de premier plan : évêque, cardinal, grand aumônier de François Iᵉʳ, il fut de ceux qui présentèrent au roi le navigateur Jacques Cartier et soutinrent son expédition vers le Canada, en 1534. C'est lui qui fit édifier, dans le premier tiers du XVIᵉ siècle, l'exquis châtelet de brique qui garde l'entrée du domaine — considéré comme la première architecture Renaissance de Normandie.
Les siècles suivants enrichirent encore le château de grands appartements et d'escaliers monumentaux de brique. Après près de cinq siècles de présence familiale, les Le Veneur cédèrent Carrouges à l'État en 1936. Le château, aujourd'hui géré par le Centre des monuments nationaux, se visite dans toute sa diversité, du donjon médiéval au châtelet Renaissance.
Contes, légendes & anecdotes
Carrouges a partie liée avec la découverte du Canada. Le cardinal Jean Le Veneur, maître des lieux et grand aumônier de François Iᵉʳ, fut l'un des artisans de l'expédition de Jacques Cartier : c'est en partie grâce à son crédit et à ses deniers que le navigateur malouin put, en 1534, prendre la mer et atteindre les rives du Saint-Laurent. De ce discret château normand partit ainsi, indirectement, l'une des grandes aventures de la France d'Amérique.
Le même Le Veneur a laissé sa signature dans la brique du châtelet. Regardez de près l'appareil de briques roses et noires : parmi les losanges et les chevrons se dessinent une mitre et une crosse — les insignes de l'évêque, inscrits dans le mur même de sa demeure. Rares sont les châteaux où le décor tient à la fois de l'ornement, de la géométrie et des armoiries.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00110758 (POP, ministère de la Culture)
- Château de Carrouges — Centre des monuments nationaux (histoire, informations pratiques)
- Wikipédia, « Château de Carrouges »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026







