Quel troubadour du XIIᵉ siècle fut seigneur de Hautefort ?
À voir
Une demeure classique en Périgord
Postez-vous face à Hautefort et laissez-vous surprendre par sa majesté : un grand corps de logis aux façades ordonnées, encadré de tours rondes coiffées de dômes et de lanternons, précédé d'une cour d'honneur. On songe davantage à un château des bords de Loire ou aux demeures du Grand Siècle qu'aux rudes forteresses du Périgord. C'est tout le paradoxe de Hautefort : une élégance de cour posée sur un éperon défensif, au-dessus d'un modeste village périgourdin.
Du donjon à la galerie
La visite intérieure conduit à travers le grand escalier, les galeries du rez-de-chaussée, les salons et la chapelle — autant d'espaces classés au titre des Monuments historiques. On y mesure le raffinement d'une grande demeure du XVIIᵉ siècle, tout en gardant à l'esprit que ces intérieurs, ravagés en 1968, ont été patiemment restitués. L'entrée fortifiée, plus ancienne, rappelle seule la vocation première du site.
Les jardins remarquables
Hautefort est indissociable de ses jardins, comptés parmi les plus beaux du Périgord. Autour du château, des parterres à la française déroulent leurs broderies de buis et leurs topiaires taillées en cônes, en boules, en spirales ; au-delà, un parc paysager à l'anglaise épouse le coteau. De ces terrasses, la vue embrasse le village en contrebas et la campagne vallonnée jusqu'à l'horizon — l'un des grands plaisirs de la visite.
Un château deux fois né
En parcourant Hautefort, gardez présent à l'esprit son histoire récente. L'incendie de 1968 ne laissa, du corps central, que des murs calcinés ; ce que l'on visite aujourd'hui est le fruit d'une restauration menée avec un soin extrême, à partir de dessins, de photographies et de savoir-faire retrouvés. Rares sont les monuments qui incarnent aussi bien la volonté d'un peuple et d'une famille de sauver leur patrimoine des flammes.
Le village et ses illustres
Hautefort ne se sépare pas de son bourg, qui grimpe à l'assaut du château et conserve un remarquable ancien hospice du XVIIᵉ siècle, au plan en croix grecque, fondé par le marquis pour les pauvres et les malades. Le pays a aussi donné le jour à une belle figure des lettres : c'est ici que naquit Eugène Le Roy, l'auteur de Jacquou le Croquant, ce roman des révoltes paysannes du Périgord — ses parents étaient au service du château. De Bertran de Born, le troubadour guerrier, à Eugène Le Roy, le romancier du peuple, Hautefort a ainsi tissé, au fil des siècles, un lien constant avec la littérature. Aujourd'hui, entre son château restauré, ses jardins remarquables et son village de pierre blonde, le site compose l'une des plus belles images du Périgord — celle d'un grand monument qui a su renaître, et qui veille du haut de son promontoire sur toute une contrée.
Infos pratiques
Ouvert tous les jours en saison, généralement du début avril à début novembre (10h-18h, jusqu'à 9h30-19h en été). Plein tarif de l'ordre de 13 €, tarif réduit pour les jeunes, gratuit pour les plus petits. 1 esplanade du Château, à Hautefort (Dordogne), à une trentaine de minutes de Périgueux et de Brive. Vérifiez horaires et tarifs sur le site officiel.
Histoire
Dominant son village du haut d'un promontoire, en Périgord, le château de Hautefort surprend par son allure : ce n'est pas une forteresse hérissée de tours, mais une grande demeure d'apparat, aux lignes classiques, coiffée de dômes et de lanternons. Le site, pourtant, est très ancien : une forteresse médiévale y veillait déjà, et l'un de ses seigneurs fut le troubadour Bertran de Born, poète et guerrier du XIIᵉ siècle qui défendit Hautefort face à Richard Cœur de Lion.
Le château que l'on voit aujourd'hui est l'œuvre du XVIIᵉ siècle. Après l'érection de la terre en marquisat, en 1614, Jacques-François de Hautefort fait reconstruire la demeure dans le grand goût classique, sur les plans des architectes Nicolas Rambourg puis Jacques Maigret ; le chantier s'achève vers 1695. De cette famille est issue Marie de Hautefort, l'une des favorites — platoniques — du roi Louis XIII.
Le destin du château faillit s'arrêter dans les flammes : dans la nuit du 30 au 31 août 1968, un terrible incendie ravagea le corps de logis central. La baronne de Bastard, alors propriétaire, consacra le reste de sa vie et de sa fortune à le relever. Aujourd'hui géré par une fondation, restauré et entouré de jardins remarquables, Hautefort est l'un des plus beaux exemples de résurrection patrimoniale du XXᵉ siècle.
Contes, légendes & anecdotes
Hautefort a d'abord été le château d'un poète. Au XIIᵉ siècle, Bertran de Born, seigneur des lieux, fut l'un des plus fameux troubadours de son temps — chantre de l'amour courtois, mais surtout de la guerre, qu'il célébrait avec une ardeur telle que Dante, plus tard, le plaça en enfer dans sa Divine Comédie, portant sa tête coupée à la main. De cet âge des troubadours et des combats féodaux, le château classique d'aujourd'hui a effacé les pierres, mais non la mémoire.
Son histoire récente est celle d'un incendie et d'une renaissance. En août 1968, le feu détruisit en une nuit le cœur du château, ses charpentes et ses décors. Beaucoup crurent le monument perdu ; mais sa propriétaire, la baronne de Bastard, refusa la fatalité et entreprit une restauration exemplaire, qui rendit à Hautefort sa splendeur. C'est cette obstination qui fait aujourd'hui l'émotion de la visite : ce que l'on admire a été deux fois construit, deux fois voulu.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00082575 (POP, ministère de la Culture)
- Château de Hautefort — site officiel (histoire, informations pratiques)
- Wikipédia, « Château de Hautefort »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026



