Les célèbres toits de tuiles vernissées du château de La Rochepot datent-ils du Moyen Âge ?
À voir
Une forteresse perchée
Approchez La Rochepot par la route qui grimpe depuis le village : la forteresse apparaît soudain, agrippée à son éperon rocheux, hérissée de tours rondes coiffées de toits coniques. Son plan épouse le relief, et son entrée était jadis défendue par deux pont-levis à contrepoids. C'est l'image même du château fort bourguignon, dressé sur sa roche pour surveiller la vallée — une silhouette qui a nourri bien des rêveries d'enfance.
Les toits vernissés de Bourgogne
Levez les yeux vers les toitures : c'est là que réside la magie de La Rochepot. Des tuiles vernissées, jaunes, vertes, brunes et noires, y composent des motifs géométriques de losanges et de chevrons, dans la grande tradition polychrome de la Bourgogne — celle des Hospices de Beaune. Sachez-le toutefois : ces toits éclatants datent de la reconstruction du début du XXᵉ siècle, hommage néo-médiéval plutôt que vestige authentique. C'est ce qui fait aussi le charme du lieu, entre histoire et rêve.
Une reconstruction romantique
Il faut, pour comprendre La Rochepot, garder à l'esprit son histoire mouvementée. Réduite à l'état de ruine après la Révolution, la forteresse fut relevée pierre à pierre entre 1897 et 1927, sur les plans de l'architecte Charles Suisse, dans l'esprit des restaurations de Viollet-le-Duc. Cour, chapelle, salle des gardes, puits, décors peints : une grande part de ce que l'on voit relève de cette reconstitution soignée, posée sur les soubassements médiévaux d'origine.
Un château dans son vignoble
La Rochepot ne se sépare pas de son terroir : le château domine les vignes de la Côte, dans l'un des plus beaux paysages viticoles de Bourgogne, à deux pas des grands crus de la Côte de Beaune. Même fermé, il reste un point de repère du paysage, une silhouette que l'on aperçoit de loin en parcourant la région — invitation à découvrir le village et ses environs.
Les Pot, une dynastie bourguignonne
Le nom de La Rochepot est indissociable d'une grande maison de la Bourgogne des ducs : les Pot. Au XVᵉ siècle, à l'apogée de l'État bourguignon de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire, cette famille compta parmi les plus en vue de la cour. Régnier Pot servit trois ducs et fut fait chevalier de la Toison d'or dès les débuts de l'ordre ; son petit-fils Philippe, grand sénéchal, ambassadeur et orateur réputé, joua un rôle politique de premier plan, jusqu'à se rallier à Louis XI après la chute du Téméraire. C'est de cette Bourgogne fastueuse, celle des grands ducs d'Occident rivaux du roi de France, que La Rochepot est le témoin ; ses toits vernissés, posés bien plus tard, en restent le symbole coloré, comme un écho aux splendeurs de la cour de Dijon.
Infos pratiques
Le château est fermé à la visite depuis 2018, en raison de litiges de propriété : l'intérieur n'est pas accessible au public jusqu'à nouvel ordre. En revanche, sa silhouette et ses toits vernissés restent parfaitement visibles depuis le village de La Rochepot et les routes alentour. Pour tout suivi d'une éventuelle réouverture, mieux vaut se renseigner auprès de l'office de tourisme de Beaune et du Pays beaunois.
Histoire
Dressée sur un éperon rocheux dominant son village, en Bourgogne viticole, la forteresse de La Rochepot déploie ses tours coiffées de toits vernissés multicolores. Le site est fortifié depuis le XIIᵉ siècle ; mais le château doit son nom à la famille Pot, qui l'acquiert au début du XVᵉ siècle. Régnier Pot, chevalier de la Toison d'or et chambellan du duc de Bourgogne, achète la place en 1403 et lui donne son patronyme. Son petit-fils, Philippe Pot, grand sénéchal de Bourgogne, fut l'un des plus brillants chevaliers de son temps — son célèbre tombeau, porté par des pleurants encapuchonnés, est aujourd'hui l'un des chefs-d'œuvre du Louvre.
Passé plus tard au connétable Anne de Montmorency, puis à divers propriétaires, le château fut démantelé à la Révolution et transformé en carrière de pierres, jusqu'à n'être plus qu'une ruine. Son salut vint à la fin du XIXᵉ siècle : en 1893, Cécile Carnot, épouse du président de la République Sadi Carnot, acheta les ruines ; leur fils entreprit alors une longue reconstruction, confiée à l'architecte Charles Suisse et menée de 1897 à 1927.
C'est donc une forteresse largement reconstituée que l'on admire aujourd'hui : une silhouette de conte de fées, fidèle à l'esprit du Moyen Âge bourguignon, élevée sur les vestiges de la place forte des Pot. Le château, propriété privée, a connu ces dernières années des difficultés qui l'ont fermé à la visite.
Contes, légendes & anecdotes
La Rochepot est le château d'une grande maison chevaleresque : les Pot. Régnier Pot, qui lui donna son nom, et son petit-fils Philippe Pot furent tous deux chevaliers de la Toison d'or, l'ordre le plus prestigieux de la cour de Bourgogne. Philippe, grand sénéchal, ambassadeur et fin lettré, passa pour « le plus accompli chevalier de son temps » ; son tombeau, où huit pleurants voilés de noir portent la dalle funèbre, compte parmi les sculptures les plus émouvantes du Moyen Âge — on l'admire aujourd'hui au Louvre.
Les toits de tuiles vernissées qui font la célébrité de La Rochepot réservent une surprise : ils ne sont pas médiévaux. C'est lors de la reconstruction du début du XXᵉ siècle, voulue par la famille du président Sadi Carnot, qu'on les posa, en hommage au décor polychrome cher à la Bourgogne — celui-là même qui coiffe les Hospices de Beaune. Le château doit ainsi son visage de rêve à la fois aux chevaliers du XVᵉ siècle et aux restaurateurs du XXᵉ.
Sources
- Base Mérimée, notice PA21000074 (POP, ministère de la Culture)
- Musée du Louvre — tombeau de Philippe Pot
- Wikipédia, « Château de La Rochepot »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026






