Grâce à quel fait d'armes Philippe du Moulin put-il financer la construction de son château ?
À voir
Une perle de brique en Sologne
Approchez le château du Moulin et laissez-vous charmer par sa couleur : la brique rose, rehaussée de losanges rouges et noirs et cernée de pierre blanche aux encadrements, compose l'un des plus beaux exemples de cette architecture de terre cuite typique de la Sologne et du Val de Loire. Le château se mire dans ses larges douves en eau, qui redoublent sa silhouette et achèvent le tableau. C'est cette grâce colorée qui lui a valu son surnom de « Perle de la Sologne ».
Le châtelet et les douves
Faites le tour de l'enceinte : on y accède par un châtelet flanqué d'une poterne et de deux tours, précédé jadis d'un pont-levis dont on devine encore l'emplacement. L'enceinte comptait autrefois quatre tours d'angle ; une seule subsiste aujourd'hui. Ce dispositif, hérité du château fort, ne servait plus guère qu'à afficher le rang du maître des lieux : nous sommes au seuil de la Renaissance, quand la forteresse devient décor.
À l'intérieur
Le château se visite meublé. On y découvre le logis d'habitation, une chapelle de style gothique flamboyant, une cuisine voûtée, et surtout la salle des gardes, dominée par une grande cheminée de pierre équipée d'un mécanisme de tournebroche. Ces intérieurs, entre confort naissant et rusticité médiévale, donnent une idée concrète de la vie d'un gentilhomme de la fin du XVᵉ siècle.
Une seconde vie
Le château du Moulin a connu, ces dernières années, une histoire mouvementée : fermé au public à partir de 2019, il a été vendu puis soigneusement restauré, avant de rouvrir ses portes au printemps 2026. C'est donc un monument comme renouvelé que l'on découvre aujourd'hui, dans un cadre de parc et d'eau qui a gardé tout son charme solognot.
La brique de la Sologne
Le château du Moulin appartient à une famille d'édifices très particulière : les châteaux de brique de la première Renaissance ligérienne. Faute de bonne pierre, la Sologne et le Val de Loire ont développé, à la fin du XVᵉ siècle, un art de bâtir en terre cuite, où la brique rouge, associée à des briques vernissées noires, compose sur les façades de savants motifs de losanges. On retrouve cette manière au château de Gien, à celui de Chémery, ou encore, à plus grande échelle, dans l'aile Louis XII du château de Blois. Le Moulin en est l'un des exemples les plus purs et les plus intimes : sa brique rose, ses douves, ses tours composent un tableau d'une harmonie rare, à taille humaine. Cette architecture de terre, plus modeste que la pierre des grands châteaux, a son charme propre : elle change de couleur avec la lumière, se réchauffe au soleil couchant, et donne à ces demeures une douceur que la pierre blanche ignore. C'est tout le sens de son surnom de « Perle de la Sologne » : une petite merveille de brique, sertie dans son écrin d'eau et de forêt.
Infos pratiques
Rouvert au printemps 2026 après restauration, le château se visite en visite guidée (environ une heure), en français et en anglais. Les horaires s'élargissent en été (ouverture quotidienne l'après-midi en juillet-août ; week-ends au printemps et à l'automne). Plein tarif de l'ordre de 10 €, tarif réduit et enfant 6 €, gratuit pour les moins de 7 ans. À Lassay-sur-Croisne (Loir-et-Cher) ; il est prudent de confirmer horaires et dates par téléphone ou sur le site officiel.
Histoire
Au cœur de la Sologne, à Lassay-sur-Croisne, le château du Moulin dresse ses murs de brique rose au milieu de ses douves. On le surnomme « la Perle de la Sologne », et l'expression n'est pas volée : c'est l'un des plus charmants exemples de la première Renaissance de brique dans cette région d'étangs et de forêts.
Le château fut bâti pour Philippe du Moulin, un gentilhomme dont la fortune tient à un fait d'armes. Ami d'enfance et chambellan du roi Charles VIII, il lui sauva la vie à la bataille de Fornoue, en 1495, lors des guerres d'Italie ; anobli et récompensé, il put financer la construction de sa demeure. Les travaux, menés entre 1480 et 1502 environ, sont attribués au maître maçon Jacques de Persigny, réputé pour ses compositions de brique à losanges.
Comme beaucoup de châteaux de cette génération, le Moulin garde l'allure d'une petite forteresse — douves, châtelet, tours — mais celle-ci relève déjà davantage du prestige que de la défense réelle. Longtemps fermé, le château a été vendu puis restauré, et a rouvert ses portes au public au printemps 2026, offrant un nouveau départ à cette perle de brique.
Contes, légendes & anecdotes
Le château du Moulin est né d'un geste héroïque. À la bataille de Fornoue, en 1495, alors que l'armée de Charles VIII, de retour d'Italie, se trouvait en péril, Philippe du Moulin sauva la vie du roi. La reconnaissance royale fit sa fortune : c'est de cette faveur que sortit, quelques années plus tard, le château de brique de Lassay-sur-Croisne. Derrière la douceur de ses murs roses se cache donc le souvenir d'un champ de bataille.
Regardez de près l'appareil de brique : parmi les motifs de losanges rouges et noirs qui ornent les façades se dissimule, dit-on, la figure d'un « jeu du moulin » — ce vieux jeu de plateau à pions, aussi appelé jeu de mérelles. Jeu de mots héraldique sur le nom du propriétaire, clin d'œil savant ou simple ornement, ce motif ajoute au château une touche d'énigme, comme si les bâtisseurs avaient voulu y glisser une signature.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00098459 (POP, ministère de la Culture)
- Château du Moulin — site officiel
- Office de tourisme Val de Loire / Loir-et-Cher
- Wikipédia, « Château du Moulin »
Votre avis nous dit quoi améliorer : les photos, le texte, la position.
Fiche mise à jour le 8 septembre 2026





