Quel grand architecte a conçu la galerie de l'hôtel Bullioud, vers 1536 ?
À voir
Une galerie suspendue dans une cour du Vieux-Lyon
Engagez-vous dans la traboule du 8 rue Juiverie et laissez-vous porter jusqu'à la petite cour intérieure. Là, levez les yeux : la galerie de Philibert de l'Orme se déploie au-dessus de vous, portée par des trompes — ces encorbellements de pierre taillés en portion de voûte qui la font tenir en l'air sans toucher le sol de la cour. C'est toute l'astuce de l'ouvrage, et la première chose que l'œil cherche à comprendre.
La leçon d'Italie
Observez ensuite le décor. De l'Orme y superpose deux ordres antiques : le dorique en bas, l'ionique au-dessus, exactement comme sur les arcades du Colisée qu'il venait d'étudier à Rome. Les fenêtres sont encadrées de pilastres à chapiteaux et couronnées de frontons ; une frise court sous la galerie, rythmée de motifs empruntés au vocabulaire antique. Rien de tel n'existait encore à Lyon, où les demeures s'ornaient de gâbles et d'arcs en accolade : la galerie Bullioud fait entrer, d'un coup, la Renaissance savante dans la ville.
L'art des trompes
La trompe est l'un des tours de force favoris de Philibert de l'Orme, qui en fera plus tard la matière de tout un développement dans son traité d'architecture. Il s'agit de bâtir en surplomb, au-dessus du vide, en taillant chaque pierre de façon qu'elle s'appuie sur la précédente jusqu'à former une console capable de porter un étage entier. À l'hôtel Bullioud, ce sont deux de ces trompes qui reçoivent la galerie et ses tourelles, sans qu'aucun pied ne descende jusqu'au pavé. Pour l'époque, c'est autant une démonstration de mathématiques que de maçonnerie — et c'est précisément ce savoir du « trait », la géométrie de la coupe des pierres, qui fera la gloire de l'architecte.
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Prenez le temps de détailler les deux tourelles d'angle qui flanquent la galerie : elles aussi sont portées en encorbellement, prolongeant la démonstration. Le contraste est saisissant entre ces éléments de pure Renaissance et les façades encore médiévales qui ferment la cour — comme si deux âges de l'architecture se faisaient face de part et d'autre du même pavé. C'est ce dialogue muet, plus qu'aucune inscription, qui fait le prix du lieu.
Un jalon dans l'histoire de l'architecture
On mesure mieux l'importance de ce petit ouvrage en songeant à la suite : Philibert de l'Orme deviendra l'architecte du château d'Anet pour Diane de Poitiers, du palais des Tuileries pour Catherine de Médicis, et l'auteur de traités qui feront autorité pendant deux siècles. La galerie de la rue Juiverie est l'une de ses premières armes — l'esquisse lyonnaise d'un génie qui allait redessiner l'architecture française.
Infos pratiques
La cour et la galerie se trouvent dans une traboule privée du Vieux-Lyon ; il n'y a ni visite guidée ni billet. La Ville de Lyon signale un accès libre à la cour en journée, mais il s'agit d'une propriété privée habitée : on y entre par courtoisie, sans horaires garantis, et l'on respecte le calme des lieux. Métro D, station Vieux Lyon.
Histoire
En 1536, Antoine Bullioud, trésorier général des finances du roi en Bretagne, possède dans la rue Juiverie, au cœur du Vieux-Lyon, un ensemble de sept corps de bâtiments d'allure encore gothique, répartis autour de deux cours. L'homme est riche et cultivé ; il rêve de relier deux de ses logis par une galerie, mais sans sacrifier le peu d'espace de sa cour intérieure. Pour résoudre ce défi, il s'adresse à un jeune architecte lyonnais qui vient de rentrer d'Italie : Philibert de l'Orme.
Antoine Bullioud n'était pas un aristocrate mais un grand commis des finances royales, de ceux qui, à Lyon, faisaient bâtir aussi somptueusement que les nobles. La rue Juiverie où il possédait ses maisons comptait alors parmi les plus cossues de la ville, bordée de demeures de banquiers et de marchands reliées entre elles par ces passages couverts, les traboules, qui font encore le charme du Vieux-Lyon. C'est dans ce quartier d'argent et de négoce que le trésorier voulut afficher son goût pour les nouveautés venues d'Italie.
De l'Orme a passé plusieurs années à Rome, à mesurer les monuments antiques et à s'imprégner de l'architecture de la Renaissance italienne. À Lyon, où le gothique flamboyant règne encore, il livre avec la galerie Bullioud l'une de ses toutes premières réalisations — et l'un des premiers exemples, en France, de superposition des ordres antiques, dorique puis ionique, directement inspirée du Colisée de Rome. Ce petit chef-d'œuvre annonce la carrière du futur architecte de Diane de Poitiers et des Tuileries, qui deviendra l'un des plus grands maîtres de la Renaissance française.
La galerie est classée Monument historique dès 1920. Elle demeure aujourd'hui, nichée dans une cour privée que l'on découvre en poussant la porte d'une traboule, un jalon essentiel de l'histoire de l'architecture : le moment où l'Antiquité retrouvée fait son entrée dans la pierre lyonnaise.
Contes, légendes & anecdotes
L'histoire de la galerie Bullioud est d'abord celle d'une prouesse technique. Antoine Bullioud avait posé une contrainte à son architecte : relier ses bâtiments sans réduire sa cour, déjà exiguë. Philibert de l'Orme imagine alors de suspendre la galerie et ses deux tourelles sur des trompes — ces portions de voûte en encorbellement qui semblent défier la pesanteur. Résultat : l'ouvrage tient en l'air, porté par la seule science du trait, sans pilier ni appui qui viendrait mordre sur le sol de la cour.
Les visiteurs qui pénètrent dans la cour lèvent instinctivement les yeux, cherchant en vain ce qui soutient l'ensemble. Cette élégante solution valut au jeune De l'Orme une réputation naissante, et fit de la petite cour de la rue Juiverie un manifeste de la Renaissance à Lyon — le lieu où, pour la première fois dans la ville, la leçon des Romains prenait forme dans la pierre.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00117911 (POP, ministère de la Culture)
- Ville de Lyon — fiche « Hôtel Bullioud »
- Wikipédia, « Hôtel Bullioud »
- Bulletin monumental (Persée), « Les années d'apprentissage du jeune de L'Orme : l'hôtel Bullioud »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026





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