Qui était le « chamarier » qui habitait cette demeure du Vieux-Lyon ?
À voir
Une demeure canoniale à la charnière de deux mondes
Depuis la rue Saint-Jean, arrêtez-vous devant la façade de la Maison du Chamarier : trois niveaux de fenêtres à meneaux, taillées dans une pierre fine et encadrées de pilastres sculptés, signalent la demeure d'un grand personnage. Puis franchissez le porche pour gagner la cour intérieure — c'est là que le monument révèle sa véritable ambition.
La cour, la tourelle, le puits
Au centre, une tourelle abrite un escalier à vis d'environ quatre mètres de diamètre, pivot de toute la maison ; son décor mêle encore les motifs du gothique finissant aux nouveautés venues d'Italie. Tout autour, des galeries superposées portent des peintures italianisantes, comme une loggia transplantée à Lyon. Cherchez, dans un angle, le puits Renaissance : un lion de pierre le surmonte, veillant sur des caissons ornés de rosettes. Sur les murs, les blasons des chamariers successifs rappellent la longue lignée des maîtres des lieux.
La rue Saint-Jean, artère du Vieux-Lyon
La Maison du Chamarier ouvre sur la rue Saint-Jean, l'une des plus anciennes et des plus animées du Vieux-Lyon, qui reliait jadis les ponts de la Saône à la cathédrale. Bordée de façades Renaissance et percée de traboules, elle était au XVIᵉ siècle le grand axe du quartier des chanoines et des marchands. La parcourir aujourd'hui, désormais piétonne, c'est déjà entrer dans le décor où évoluait le gardien des clefs.
Au cœur du quartier canonial
La Maison du Chamarier appartient à un ensemble unique : le quartier Saint-Jean, cœur du Vieux-Lyon inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'un des plus vastes ensembles Renaissance d'Europe. Autour de la cathédrale, les chanoines-comtes vivaient en une petite cité dans la ville, close de murs et de portes dont le chamarier gardait précisément les clefs. La demeure raconte, à elle seule, ce Lyon ecclésiastique et fortuné du début du XVIᵉ siècle.
Un rare témoin civil de la première Renaissance
Les grandes demeures Renaissance qui subsistent presque intactes dans le Vieux-Lyon se comptent sur les doigts d'une main : incendies, remaniements et divisions en logements ont eu raison de la plupart. La Maison du Chamarier est l'une des rares à conserver, réunis, sa façade à meneaux, sa cour, sa tourelle d'escalier et son décor — ce qui explique son classement précoce parmi les Monuments historiques, dès 1943. En la parcourant, c'est un intérieur de dignitaire du début du XVIᵉ siècle que l'on approche, à un moment où l'art gothique et l'art nouveau venu d'Italie cohabitaient encore sous le même toit.
Une renaissance en 2023
Longtemps abandonnée, la maison a été sauvée par une restauration exemplaire achevée en 2023. Elle abrite aujourd'hui des logements, deux commerces au rez-de-chaussée et un atelier de découverte du patrimoine ouvert sur la cour, qui invite le visiteur à explorer, de façon interactive, l'histoire du Vieux-Lyon. La vieille demeure du gardien des clefs a retrouvé une vie — et rouvert ses portes au public.
Infos pratiques
La demeure mêle parties privées (logements, commerces) et espaces ouverts. Depuis sa réouverture en 2023, la cour est de nouveau accessible et accueille un atelier « Patrimoine » ; mieux vaut vérifier les jours et horaires auprès de l'Office de tourisme de Lyon. Rue Saint-Jean piétonne ; métro D, station Vieux Lyon, à quelques dizaines de mètres.
Histoire
Dans le Vieux-Lyon médiéval, le chamarier était l'un des personnages les plus puissants du quartier canonial de Saint-Jean. Dignitaire du chapitre de la cathédrale, il détenait les clefs des portes de l'enceinte des chanoines, veillait à la sécurité, à la justice et à la voirie du cloître, et percevait des taxes lors des foires de Lyon. Sa demeure de fonction, la Maison du Chamarier, se dresse au 37 rue Saint-Jean, à l'angle de la rue de la Bombarde.
Le chamarier ne manquait ni de pouvoir ni de personnel : il commandait une douzaine d'agents chargés de la surveillance du quartier et détenait les clefs des portes qui fermaient chaque soir l'enceinte des chanoines. C'était, dans la ville, un seigneur ecclésiastique à part entière, dont la demeure devait refléter le rang.
L'édifice que l'on voit aujourd'hui est né d'une grande campagne de reconstruction menée entre 1496 et 1516 pour le chanoine-comte François d'Estaing, chamarier à partir de 1496. On est alors au moment charnière où le gothique flamboyant cède peu à peu la place à la première Renaissance : la maison porte les deux styles, mêlés dans la même pierre. Après les d'Estaing, d'autres dignitaires s'y succèdent, dont Charles de Châteauneuf de Rochebonne au XVIIᵉ siècle.
Devenue logement populaire après la Révolution, la maison se dégrade, puis reste inoccupée à partir de 1987. Il aura fallu plus d'une décennie d'études et de travaux pour la sauver : restaurée, elle a rouvert ses portes en 2023 et accueille désormais des logements, des commerces et un atelier de découverte du patrimoine ouvert sur la cour.
Contes, légendes & anecdotes
La Maison du Chamarier a reçu, un siècle et demi après sa reconstruction, une visiteuse illustre : la marquise de Sévigné. Lors de ses passages à Lyon, en route vers la Provence de sa fille, la célèbre épistolière y fut hébergée par le chamarier de Rochebonne, en juillet 1672 puis en octobre 1673. On aime à imaginer l'auteure des Lettres arpentant la cour et l'escalier de la vieille demeure, entre deux étapes de son voyage.
Autre fierté du lieu : le puits de la cour, orné d'un lion sculpté et de caissons à rosettes, que la tradition attribue au grand architecte lyonnais Philibert Delorme, vers 1530. L'attribution n'est pas prouvée, mais elle en dit long sur le prestige que l'on prêtait à cette demeure canoniale, comptée parmi les plus raffinées du Vieux-Lyon.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00117817 (POP, ministère de la Culture)
- Office de tourisme de Lyon (Visiter Lyon)
- Wikipédia, « Maison du Chamarier »
- Renaissance du Vieux-Lyon
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026







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