D'où venait la famille de Gadagne, qui a donné son nom à l'hôtel ?
À voir
Le plus vaste hôtel Renaissance du Vieux-Lyon
Poussez la porte de l'hôtel de Gadagne et vous débouchez sur la plus grande cour du Vieux-Lyon. Prenez le temps d'en faire le tour : les façades du XVIᵉ siècle s'y déploient de tous côtés, rythmées de fenêtres à meneaux, tandis qu'un puits de pierre occupe encore un angle. Levez les yeux vers le fond de la cour : une galerie à passages superposés relie, à chaque étage, les deux corps de logis — vestige élégant de l'époque où deux branches de la même famille se partageaient les lieux. C'est ici, dans ce jeu de façades et de galeries, que se lit le mieux l'aisance des grands marchands-banquiers de la Renaissance.
Un escalier, un plafond, une horloge
Ne manquez pas le grand escalier en vis, édifié vers 1515, dont la rampe de pierre est taillée dans la masse : il desservait tous les étages et formait l'entrée résidentielle d'apparat. À l'intérieur, cherchez au plafond d'une des salles le somptueux décor peint, en bois et papier mâché, réalisé entre 1656 et 1661 : il porte, entrelacés, les initiales « F » et « Q » de ses commanditaires du XVIIᵉ siècle, André Falconet et Catherine Quinson. Enfin, sur la façade, arrêtez-vous devant l'horloge Charvet (1864), animée de personnages de la commedia dell'arte, remise en place en 2021 après une longue restauration.
Deux musées sous un même toit
L'hôtel abrite aujourd'hui les musées Gadagne. Le musée d'histoire de Lyon déroule vingt siècles de la ville, de la Lugdunum romaine à la capitale de la soie ; le musée des Arts de la marionnette, l'un des rares au monde dans son genre, réunit Guignol et ses cousins venus de tous les continents. Au deuxième étage, quatre chambres restaurées — enduits à la chaux, terres ocre, volets de bois et sols de terre cuite — restituent l'atmosphère feutrée d'un intérieur lyonnais des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. Prenez le temps, avant de repartir, de gagner les jardins suspendus aménagés sur les toits : la vue plonge sur les toitures du Vieux-Lyon et la colline de Fourvière.
Lyon, capitale de la Renaissance
Pour comprendre Gadagne, il faut se souvenir de ce qu'était Lyon au XVIᵉ siècle : la deuxième ville du royaume, un carrefour entre la France et l'Italie où se tenaient quatre grandes foires franches par an. Banquiers florentins, imprimeurs, marchands de soie et de draps y brassaient des fortunes considérables, et faisaient bâtir des demeures dignes des palais italiens. Les Gadagne, descendants des Guadagni, incarnent ce Lyon-là : une cité de l'argent et du crédit, tournée vers la péninsule. L'hôtel, avec sa cour à galeries et son escalier d'apparat, est le manifeste de pierre de cette prospérité marchande — le plus complet qui nous soit parvenu.
Infos pratiques
Ouvert du mercredi au dimanche, de 10h30 à 18h (dernière admission à 17h30). Le billet unique donne accès aux deux musées : plein tarif 8 € (9 € en période d'exposition), tarif réduit 6 € (7 €), gratuit pour les moins de 18 ans, les demandeurs d'emploi et les personnes en situation de handicap. Entrée principale au 1 place du Petit Collège ; accès par le métro D, station Vieux Lyon ; accès PMR au 14 rue de Gadagne.
Histoire
Au début du XVIᵉ siècle, Lyon est l'une des grandes places bancaires et marchandes d'Europe. Quatre foires annuelles y attirent marchands, changeurs et imprimeurs, et une importante colonie florentine y fait fructifier l'argent du grand commerce. C'est dans ce Lyon de la Renaissance, cosmopolite et fortuné, que se dresse le plus vaste ensemble civil du Vieux-Lyon.
Sur une parcelle occupée depuis le Moyen Âge par de riches demeures, les frères de Pierrevive lancent, dans les années 1489-1492, une ambitieuse campagne de reconstruction qui donne à l'hôtel son ossature Renaissance. Mais le monument doit son nom à une autre famille : les Gadagne — les Guadagni —, banquiers venus de Florence et installés à Lyon dès le début du XVᵉ siècle. Enrichis par la finance et le négoce, ils comptent parmi les plus grandes fortunes du royaume. Thomas de Gadagne, prêteur des rois de France, passe pour l'homme le plus riche de Lyon ; la tradition veut qu'il ait contribué à réunir la rançon de François Iᵉʳ après le désastre de Pavie, en 1525.
En 1545, ses descendants Guillaume et Thomas III de Gadagne achètent l'hôtel et le remanient aussitôt. Brouillés, les deux frères se partagent la demeure et occupent séparément ses deux corps de bâtiment — ce qui explique encore aujourd'hui sa double structure. Les Gadagne s'en dessaisissent en 1581. L'hôtel connaît ensuite des propriétaires divers avant que la Ville de Lyon ne l'acquière progressivement, entre 1902 et 1941, pour y installer ses collections. Classé Monument historique dès 1920, restauré de 1998 à 2009 — une campagne qui a presque doublé sa surface utile —, il est aujourd'hui l'un des plus beaux témoins de la Renaissance lyonnaise.
Contes, légendes & anecdotes
« Riche comme Gadagne » : le dicton, encore vivant à Lyon, dit tout de la fortune de ces banquiers florentins dont le nom est devenu synonyme d'opulence. La légende dorée de la famille se nourrit d'un épisode retentissant. Après la capture de François Iᵉʳ à Pavie, en 1525, Thomas de Gadagne aurait participé au versement de l'immense rançon réclamée par Charles Quint, avançant des fonds auprès de Louise de Savoie, régente du royaume. Les sources rapportent l'anecdote avec prudence, mais elle en dit long sur le crédit dont jouissaient les Gadagne auprès de la Couronne.
L'histoire la plus savoureuse est pourtant domestique. En 1545, les frères Guillaume et Thomas III héritent ensemble de l'hôtel — et se déchirent. Incapables de s'entendre, ils choisissent de vivre chacun dans un corps de bâtiment distinct, sans jamais se croiser. Cette mésentente fraternelle a laissé une trace durable dans la pierre : la demeure, dédoublée, garde le souvenir de deux frères qui préférèrent partager les murs plutôt que la table.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00117816 (POP, ministère de la Culture)
- Musées Gadagne — site officiel (histoire et informations pratiques)
- Office de tourisme de Lyon (Visiter Lyon)
- Wikipédia, « Gadagne (musées) »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026










