Pour quelle princesse fut bâti l'hôtel Lamoignon, dont le décor multiplie cerfs, chiens et croissants de lune ?
À voir
Une cour à l'ordre colossal
Franchissez le porche de la rue Pavée et pénétrez dans la cour d'honneur : c'est là que l'hôtel révèle sa nouveauté. Les façades s'y ordonnent autour de grands pilastres corinthiens qui montent d'un seul élan, du sol à la corniche, embrassant les deux étages — ce que les architectes appellent l'« ordre colossal ». À la fin du XVIᵉ siècle, un tel parti était une audace : l'hôtel Lamoignon est l'un des premiers à l'introduire à Paris, ouvrant la voie à toute une manière de bâtir. Prenez le temps d'en mesurer l'effet, cette verticalité majestueuse qui grandit la cour.
Le décor de Diane
Levez ensuite les yeux vers les frontons et les hautes lucarnes qui couronnent les toitures : leur décor sculpté forme un rébus. Têtes de cerf, têtes de chien, croissants de lune, trophées de chasse — tout y célèbre Diane, à la fois la déesse antique de la chasse et Diane de France, la commanditaire. Cherchez ces motifs : ils transforment la façade en un hommage codé, où l'architecture parle le langage des emblèmes, cher à la Renaissance.
Le portail et l'échauguette
En façade sur la rue Pavée, remarquez le portail, ajouté en 1718, orné des allégories de la Vérité et de la Prudence — vertus de justice, en écho aux Lamoignon, grande famille de magistrats. À l'angle du bâtiment, une échauguette en encorbellement, portée sur des trompes, rappelle encore, par sa silhouette, la tradition des demeures féodales dont la Renaissance parisienne s'affranchissait peu à peu.
Une bibliothèque dans un palais
L'hôtel abrite aujourd'hui la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, l'un des grands conservatoires de la mémoire de la capitale : manuscrits, estampes, affiches, archives y racontent l'histoire de Paris. On peut ainsi entrer dans l'hôtel non en touriste, mais en lecteur, et travailler sous les mêmes plafonds qui virent passer Racine et Sévigné — privilège rare que d'étudier dans un monument de la Renaissance.
Au cœur du Marais
L'hôtel Lamoignon ne se comprend pas sans son quartier : le Marais, ce Paris aristocratique des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, où princes, magistrats et financiers rivalisèrent de somptueux hôtels particuliers. À quelques pas se trouvent la place des Vosges, l'hôtel de Sully, le musée Carnavalet — tout un ensemble unique en Europe, épargné par les grands percements du XIXᵉ siècle. Flâner rue Pavée et rue des Francs-Bourgeois, pousser une porte cochère pour découvrir une cour, c'est retrouver, intact, le décor de la vie noble d'autrefois. L'hôtel Lamoignon, avec sa cour à l'ordre colossal, en est l'un des plus beaux fleurons.
Infos pratiques
La cour de l'hôtel se découvre aux heures d'ouverture de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, généralement du lundi au samedi de 10h à 18h (fermée le dimanche et certains jours fériés). L'accès à la salle de lecture est libre pour les adultes, sur présentation d'une pièce d'identité ; il n'y a pas de billet. 24 rue Pavée, Paris 4ᵉ (métro Saint-Paul). Vérifiez les horaires sur le site de la Ville de Paris.
SECONDE VERSION A CURER — a fusionner puis supprimer
Texte de la fiche doublon « Hôtel de Lamoignon » (slug hotel-lamoignon-paris), depubliee le 22/08/2026. Les deux traitent le meme sujet : a relire, fondre dans ce qui precede, puis effacer ce bloc.
Récit incarné
Rue Pavée, Paris 4e. Un portail classique, une cour intérieure. Mais regardez la façade sur cour : des pilastres corinthiens qui montent d'un seul jet sur deux étages — l'ordre colossal, inventé par Michel-Ange pour Saint-Pierre de Rome, importé en France par Jean Bullant à Écouen (v.1555), et appliqué ici pour la première fois dans un hôtel particulier parisien.
Diane de France avait 46 ans quand elle fit construire cet hôtel. Fille d'un roi, demi-sœur de deux rois, amie d'un troisième roi — Henri IV qu'elle avait aidé dans ses batailles. Elle construisait non pas pour la gloire — elle n'en avait pas besoin — mais pour se faire un refuge dans une ville épuisée par les guerres de religion. Un espace de beauté dans un Paris de sang et de haine.
Aujourd'hui, l'hôtel abrite la Bibliothèque historique de la Ville de Paris — l'une des plus riches bibliothèques de recherche d'histoire parisienne. 900 000 volumes, des manuscrits médiévaux, des archives de la Commune de Paris. Cherchez le cabinet de lecture : dans une salle aux boiseries du XVIIe siècle, des chercheurs consultent des documents rarissimes. L'hôtel de Diane de France est devenu la maison de la mémoire de Paris.
Lecture architecturale
L'hôtel de Lamoignon illustre l'application de l'ordre colossal dans l'architecture civile parisienne. Les pilastres corinthiens de la façade sur cour courent sur deux étages sans entablement intermédiaire — ils 'coiffent' les deux niveaux en une seule impulsion verticale. C'est une différence radicale avec la façade à ordres superposés (un ordre par étage) que l'on voit à l'aile Lescot du Louvre ou à l'hôtel d'Assézat. L'ordre colossal dit : ce bâtiment est plus grand qu'il ne le paraît. Il transcende ses étages.
Symboles à observer
1. L'ordre colossal : repérez que les pilastres corinthiens montent sur deux étages sans interruption. Comptez les pilastres. Il y en a sept sur la façade principale — un nombre impair qui crée un axe de symétrie central.
2. Les armes de Diane de France : cherchez dans les médaillons ou les clefs d'arc les armes de la duchesse d'Angoulême — une combinaison des armes royales de France et des armes de sa mère italienne.
3. Le croissant de lune : Diane porte le nom de la déesse de la chasse — et comme sa 'concurrente' Diane de Poitiers (la maîtresse d'Henri II), elle était associée au symbole lunaire. Cherchez des croissants de lune dans la décoration.
4. Les chapiteaux corinthiens : les feuilles d'acanthe des chapiteaux sont sculptées avec une finesse remarquable. Comparez-les à ceux de l'hôtel d'Assézat (Toulouse) — même famille stylistique, même époque.
Anecdote mémorable
Racine, alors âgé de 27 ans, fut reçu à l'hôtel de Lamoignon — devenu entre-temps résidence de Guillaume de Lamoignon — en 1666. Il y rencontra Boileau, qui deviendra son ami le plus proche et son critique le plus sévère. La bibliothèque de Lamoignon (le premier président du Parlement) comptait 30 000 volumes — une fortune intellectuelle dans Paris. C'est dans ce contexte de bibliophilie aristocratique que la dramaturgie de Racine se nourrit — de grec, de latin, de tragédies antiques. La maison de Diane de France était devenue un séminaire littéraire.
Contexte historique dense
La construction de l'hôtel de Lamoignon (1584-1589) coïncide avec les dernières années de la Ligue catholique et les derniers mois du règne d'Henri III. Paris était alors une ville assiégée par ses propres habitants ligueurs — des barricades dans les rues, le roi chassé de sa capitale en 1588. Diane de France, qui avait vécu toutes les guerres de religion depuis 1562, construisait son hôtel dans cette atmosphère de crise extrême. L'architecture comme acte de foi dans la continuité.
Échos artistiques
Musique : Ballet comique de la Reine(Balthasar de Beaujoyeulx, 1581) — le premier ballet français, créé pour la cour d'Henri III, à l'époque de la construction de l'hôtel. Peinture :Portrait de Diane de France (anonyme, Musée Condé, Chantilly) — le visage de la commanditaire. Architecture : l'hôtel de Guénégaud (Paris, 1651) — le successeur baroque de cette tradition d'hôtels particuliers du Marais.
Pour aller plus loin
- Bibliothèque de l'Arsenal (Paris 4e) — à 600 mètres, la bibliothèque des Lamoignon devenue bibliothèque nationale.
- Place des Vosges (Paris 4e) — à 300 mètres, la place royale contemporaine.
- Musée Carnavalet (Paris 3e) — l'histoire de Paris dans un hôtel Renaissance voisin.
(doublon) Histoire
L'hôtel de Lamoignon est l'un des rares hôtels particuliers de la fin de la Renaissance encore présents dans le Marais parisien dans leur configuration d'origine. Construit entre 1584 et 1589 pour Diane de France, duchesse d'Angoulême — fille légitimée d'Henri II et de Filippa Duci, donc demi-sœur de Charles IX et Henri III — il constitue l'un des premiers exemples parisiens d'ordre colossal appliqué à un hôtel particulier. Les pilastres corinthiens de la façade sur cour courent sur deux étages sans interruption — une innovation directement héritée de Jean Bullant (qui l'avait utilisé à Écouen) et de la Grande Galerie du Louvre. L'hôtel fut acquis en 1658 par Guillaume de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris, dont la bibliothèque privée fut à l'origine de la Bibliothèque de l'Arsenal. L'hôtel abrite aujourd'hui la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
(doublon) Contes et legendes
Diane de France (1538-1619) était la fille naturelle légitimée d'Henri II et d'une noble italienne. Elle vécut 81 ans — traversant les règnes de François Ier, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV et les débuts de Louis XIII. Elle vit les guerres de religion, la Saint-Barthélemy, l'assassinat de Henri III, l'avènement de Henri IV. Elle fut l'une des rares grandes figures de la noblesse à survivre à tous ces bouleversements, peut-être parce qu'elle n'avait pas de parti — ni catholique ni protestant, seulement princesse de sang royal. Son hôtel, construit à la fin de sa vie, est le témoignage d'une femme qui avait traversé tout un siècle.
Histoire
Au cœur du Marais, à Paris, l'hôtel Lamoignon — ou hôtel d'Angoulême — est l'un des plus imposants témoins de l'architecture de la fin de la Renaissance dans la capitale. Il fut édifié dans les dernières décennies du XVIᵉ siècle pour Diane de France, duchesse d'Angoulême, fille légitimée du roi Henri II ; les origines exactes du bâtiment font débat entre les érudits, mais c'est bien cette princesse qui lui donna son ampleur et l'habita jusqu'à sa mort, en 1619.
L'hôtel marque une date dans l'histoire de l'architecture parisienne : il est l'un des premiers à adopter l'« ordre colossal », ces pilastres géants qui embrassent d'un seul élan plusieurs étages. Au XVIIᵉ siècle, il passe à la famille de Lamoignon, dont il porte désormais le nom : Guillaume Iᵉʳ de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris, y tient un salon littéraire brillant, fréquenté par Madame de Sévigné, Boileau et Racine.
Après avoir abrité, au XIXᵉ siècle, l'écrivain Alphonse Daudet, l'hôtel est devenu, depuis 1969, le siège de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Restauré, ouvert aux lecteurs comme aux curieux, il conserve dans sa cour l'un des plus beaux décors Renaissance de la capitale.
Contes, légendes & anecdotes
Le décor de l'hôtel Lamoignon est un jeu de mots de pierre à la gloire de sa première propriétaire. Diane de France portait le nom de la déesse de la chasse ; aussi les frontons et les lucarnes de la cour se couvrent-ils de têtes de cerf, de têtes de chien et de croissants de lune — tous emblèmes de Diane chasseresse. En levant les yeux, on lit ainsi, gravé dans la façade, l'hommage rendu à la fille du roi.
L'hôtel fut aussi un haut lieu de la vie littéraire. Sous les Lamoignon, au XVIIᵉ siècle, on y croisait les plus grandes plumes du Grand Siècle : Racine, Boileau, la marquise de Sévigné, le prédicateur Bourdaloue. Deux siècles plus tard, c'est Alphonse Daudet qui y posa ses cahiers. De la princesse chasseresse aux écrivains, l'hôtel n'a cessé d'être un lieu où l'esprit avait ses habitudes — jusqu'à devenir, tout naturellement, une bibliothèque.
Sources
- Base Mérimée, notice PA00086296 (POP, ministère de la Culture)
- Ville de Paris — Bibliothèque historique de la Ville de Paris
- Carnet de recherche de la BHVP
- Wikipédia, « Hôtel d'Angoulême Lamoignon »
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Fiche mise à jour le 8 septembre 2026







